Le 29/07/2010
Un secrétaire d'Etat à l'Emploi qui se préoccupe de logement, c'est original, mais pas si aberrant que ça. Occupée par des apprentis le reste de l'année, la résidence Malpelo, à Villers-sur-Mer dans le Calvados, visitée ces jours-ci par Laurent Wauquiez, accueille des travailleurs saisonniers l'été. Elle leur propose 21 logements, quand la commune de 2.300 habitants accueille... 20.000 travailleurs estivaux. Comme d'autres initiatives locales, elle répond partiellement à un des problèmes majeurs auxquels ces salariés sont confrontés : des conditions de vie souvent aussi précaires que leurs emplois, d'autant que les loyers dans les stations touristiques sont élevés.
Une très grande précarité
Des initiatives pour résoudre ce problème de logement, et garder un personnel bien nécessaire en période d'affluence, naissent par endroits. Des résidences du type Malpelo développées par l'Umih, la CFDT et FO, devraient être achevées dans le Nord-Pas-de-Calais d'ici deux ans et demi, et à plus long terme dans des stations balnéaires. La communauté de communes du massif du Vercors, en Isère, a réhabilité des logements privés à Villard-de-Lans pour les attribuer aux saisonniers. Dans les Hautes-Alpes, suite à un accord paritaire, une centaine de logements ont été construits depuis 2003 dans les stations de ski des Orres, Puy-Saint-Vincent, Briançon et Orcières-Merlette. En sept ans, c'est peu, mais à Puy-Saint-Vincent, les chantiers ont pris fin faute de locataires ! L'accord prévoit que les employeurs louent à l'avance ces logements pour leurs saisonniers, mais « les employeurs refusent de prendre le risque que les habitations ne soient finalement pas occupées », explique Philippe Cottet, secrétaire général de la CGT Hautes-Alpes.
Le logement n'est pas le seul problème lié au travail saisonnier, marqué par une très grande précarité. Les touristes réservent de plus en plus tard, et les employeurs attendent que la saison commence avant d'ajuster leurs effectifs. Parmi les 300.000 emplois saisonniers recensés par le Cereq dans le secteur de l'hôtellerie-restauration, plus de la moitié, 186.000 précisément, étaient d'un mois maximum. En 2008, l'Insee remarquait que sur 17.000 saisonniers de l'hôtellerie-restauration du Languedoc-Roussillon, un sur cinq s'inscrivait au chômage après l'été. Pour 70 % d'entre eux, ce contrat est la seule activité salariée de l'année et la seule source de revenu de leur ménage.
Difficultés de formation
Autre problème, les saisonniers ne bénéficient pas d'une mutuelle toute l'année, en raison des périodes de non-activité. Ils rencontrent également des difficultés pour se former, la formation professionnelle se faisant dans le cadre du contrat de travail, par définition court pour un saison-nier. C'est au point que « les employeurs font face à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée », souligne Thierry Grégoire, président de la Fédération nationale des saisonniers au sein du syndicat patronal Umih. Les initiatives restent embryonnaires : dans les Hautes-Alpes, Agefos, l'organisme qui s'occupe de la formation des PME, interroge les saisonniers sur leurs besoins en formation pendant la saison d'hiver pour mettre des actions en place entre les saisons. « Il y a une multitude d'actions, mais elles sont très éparpillées », conclut Richard Dethyre, sociologue et co-organisateur des états généraux des saisonniers, qui se dérouleront en décembre prochain à Aubagne.
Source : Les Echos, 26/07/2010